Comment l’amour empoisonne les femmes


Auteur : Peggy Sastre
Éditeur : Anne Carrière
Genre : Essai littéraire
Nombre de pages : 143 pages

Les femmes ont acquis le droit de travailler, de voter, de faire ou non des enfants, de disposer de leur corps et de leurs ressources matérielles. Bref, que, dans un monde qui traque les différences sexuelles empêchant les femmes d'atteindre, en proportions équivalentes aux hommes, les positions sociales les plus élevées, il est un élément qu"à peu près personne n'a la présence d'esprit d'interroger. Ce grand absent du débat, c'est le boulet amoureux. Cet essai jette un éclairage drôle et décapant sur la dépendance affective dont souffrent encore trop souvent les femmes. La question n'est pas d'opposer émancipation et amour, ais de comprendre ce que les sciences ont à nous dire sur la toxicité du surinvestissement amoureux.

Mon avis: 

 

Depuis quelque temps, je suis de plus en plus engagée dans la condition "féministe" et je l'affirme fièrement. Monsieur, madame, à mes yeux, nous devrions tous être féministe car cette cause prône juste l'égalité pure et simple entre les hommes et les femmes. Je vous recommande si vous êtes intéressé par des lectures sur le sujet le groupe Facebook "Club de lectures féministes" crée par la blogueuse Carnet Parisien

Quand on m'a proposé de découvrir en service-presse cet ouvrage, j'ai d'abord hésité. Vous avez pu le voir sur le blog, je ne lis pas d'essai. Mais l'attachée de presse m'a confirmé que cette lecture était abordable et que le sujet était traité avec humour. Donc je me suis lancée dans l'inconnu pour découvrir pour la première fois un essai littéraire.

J'ai fait des études supérieures et un mémoire, j'ai donc -habitude oblige- commencé par faire une rapide recherche sur l'auteure. Très vite, je réalise que le dernier travail de Peggy Sastre est en tant que co-autrice la dernière tribune parue dans le monde "100 femmes pour une autre parole" ou "Nous défendons la liberté de nous faire importuner, indispensable à la liberté sexuelle". Même si je n'ai pas entièrement lu cette tribune, les quelques passages parcourus sont loin d'être ceux en accord avec la majorité des femmes.

Je pense cependant avoir l'esprit critique, j'ai donc voulu laisser une chance à cet essai. J'ai voulu découvrir la façon de penser de Peggy Sastre sur le sujet du féminisme et du couple, sans tenir compte de cette tribune pour entièrement apprécier ses idées. 

"Comment l'amour empoisonne les femmes" aborde de nombreuses thématiques sociétales et féministes. Il balaye de nombreux sujets comme le surinvestissement domestique, l'attachement amoureux, l'impact qu'il a sur notre comportement, la dépendance amoureuse, la libération sexuelle ...

J'ai véritablement apprécié la première partie de cet essai, avec le chapitre "C'est dans la tête" qui aborde l'amour et la dépendance amoureuse. Il y a une grande partie scientifique, expliquée par l'autrice de façon clair. J'avoue avoir beaucoup appris sur le fonctionnement du cerveau quand on est amoureux ou nos réactions en lien avec les sentiments. 

"Aujourd'hui, la chose est entendue: donner ou recevoir de l'amour pour maintenir des liens intimes à long terme impacte durablement sur notre santé, notre bien-être ou encore notre capacité de résilience face à l'adversité. De fait, lorsque l'on interroge les humains pour leur demander quel est l'aspect le plus important de leur existence, la vie affective arrive souvent en pole position" Extrait page 18 

Pour ma part, je l'ai trouvé très bien documenté en termes de neuro-science et d'études mis en avant pour expliquer le fonctionnement. Cependant, j'ai une base de connaissances scientifiques dans ce domaine, grâce à mon métier paramédical. Et cet essai ne parlera pas à tout le monde, car il y a peu d'explications sur les parties anatomiques neuronales.  (Et c'est un brin compliqué quand on n'y connait rien). On est véritablement dans un essai et non dans une lecture de vulgarisation scientifique. Lecteurs, avant de vous lancer, il faut en avoir conscience. 

"L'ocytocine est un neuropeptide cyclique à neuf acides aminés produit par l'hypothalamus, envoyé dans le sang par les terminaisons axonales et transmis au cerveau par les dendrites des neurones" Extrait page 26

Vous pouvez retrouver à certains moments des phrases de ce type, à visée très scientifique, sans pour autant avoir des explications. Il est acquis que vous connaissez ce qu'est un neuro-peptide, un acide-aminé, un hypothalamus , des dendrites et un neurone. Je grossis le trait mais c'est pour vous faire comprendre à quel niveau est cet essai, qui finalement à une portée très scientifique. 

Les autres chapitres de cet essai va évoquer des questions plus actuelles et moins scientifiques. J'ai été agréablement surprise de retrouver de nombreuses études et sujets  comme la charge mentale et la place du rôle de la femme dans la famille. Les études et exemples cités sont très pertinents et accompagnés des petits clins d’œils de l'autrice teintés d'humour. 

"En mai 2017, La France découvrait, hagarde, qu'une maladie aussi silencieuse qu'insidieuse rongeait le cerveau des femmes modernes. Son nom: la charge mentale. Popularisé par la bande dessinée Emma [...], le concept désigne ce qui est censé encombrer l'esprit féminin au quotidien: les courses à faire, les choses à ranger, à trier, à prévoir, les enfants à nourrir, à vêtir, à moucher. Là où son homologue masculin sera aussi léger qu'un trou de chaussette sale pour tout ce qui relève de la logistique du foyer partagé. Logique, vu que c'est bobonne qui s'y colle. Ce "fait de société" a fait monter d'un cran le débat de la "double journée" et de la répartition des tâches ménagères: non seulement les hommes n'en fichent pas une à la maison, mais ils n'en pensent pas une, vu qu'ils délèguent plus ou moins inconsciemment la gestion familiale à leur conjointe". Extrait page 41

Cependant, même si les idées amenées sont bien organisées et pertinentes, j'ai trouvé que Peggy Sastre avait un jugement critique sur certaines façons de pensée de ces consoeurs féministes, et notamment au travers d'un propos de la blogueuse Emma. 

"En 2017, lorsque le magazine "Pour la science" lui demandera d'illustrer un article de psychologie, elle refusera et se justifiera en ces termes: "Je suis contre toutes les approches scientifiques concernant les différences hommes-femmes" C'est idiot, car ces connaissances peuvent justement contribuer à résoudre l'apparent "paradoxe" que représente la charge mentale et peut-être calmer le courroux qu'elle peut susciter". Extrait page 62. 

Peggy Sastre évoque les mouvements féministes comme des mouvements souvent radicale, où la majorité des femmes ne se reconnaissent pas (d'où sa contribution à la tribune). Pour ma part, à la lecture de cet essai, j'ai eu à certains moments du mal à comprendre sa propre façon de pensée. Certains propos montrent la radicalisation des féministes et un mépris flagrant des mouvements féministes qui voit le jour sur les réseaux sociaux.

"Mais avec l'essor des blogs et des réseaux sociaux, accorder du crédit à la totalité de l'explication- que les gens seraient repoussés par le féministe parce qu'ils en ont une image déformée et que les féministes sont "en réalité" bien plus engageantes- devient de plus en plus difficile. Sauf à croire que les féministes les plus actives d'internet seraient en réalité des impostures, des femmes de pailles agitées par des machiavéliques maîtres de marionnettes dans le but de faire peur au chaland, et surtout à la chalande." Extrait page 72. 

De même, sur les différences hommes/femmes, et la répartition des taches, Peggy Sastre va finalement ramener sa conclusion que la biologie y est pour beaucoup. Certains études le pointeraient du doigt. (Littéralement, sa conclusion pourrait être raccourcit par la phrase "Alors pourquoi nous les femmes ont ne se remettrait pas en question quand la civilisation a été construite sur ce schéma?")

J'ai trouvé cela très restrictif. Si notre pensée et notre intellect n'avait pas fait avancer les choses, on mourrait encore de la variole, on ne serait jamais allée sur la lune, on accepterait les lapidations publiques comme au moyen-âge. Vivons avec notre temps et faisons avancer les choses. 

"Alors, mesdames, au lieu de jouer au gendarme du quotidien et de traquer votre conjoint pour qu'il passe plus souvent l'aspirateur ou saute de joie à l'idée d'arriver le premier à une réunion parents-profs, pourquoi ne pas vous policer et vous libérer vous même de vos hormones?" Extrait page 74

Que ce soit sur certains points d'actualités, comme l'évocation du mouvement "Me Too", la culture du viol, ou la conclusion finale du livre, j'ai été de nombreuses fois en désaccord avec Peggy Sastre. Certaines de ses paroles m'ont révolté. Et la conclusion de ce livre ne m'apporte pas la vision que j'ai du féministe. Tout du moins de mon propre courant féministe. 

"A l'heure où j'applique les dernières retouches à ce livre, un mouvement de "libération de la parole des femmes" semble s'être emparé du monde, ou du moins de sa femme la plus médiatique. [...] On amalgame les viols, les attouchements et les manœuvres de séductions plus ou moins gauches. On en profite pour  surveiller et punir les manifestations non conformes - en existe-il seulement une qui le soit ? en déroulant par la même occasion un scénario écrit depuis des milliers d'années." Extrait page 108. 

 Aujourd'hui, notre société et Internet nous permet d'en apprendre plus sur notre sexualité grâce aux différents mouvements sexuels minoritaires qui se mettent en avant comme les transgenres, les LGBT, les asexuels et bien d'autres... Je pense qu'au contraire la société commence à accepter les nouvelles libertés sexuelles car on en parle de plus en plus au cinéma, en littérature ou dans d'autres médias. Cependant, dire qu'il y a un amalgame sur le viol, les attouchements et les manœuvres de séduction gauche aurait tendance à me mettre dans une colère folle. Un viol est un viol. C'est une question de consentement. Et c'est à la personne victime d'en juger. 

Prenons un exemple personnel, j'ai souvent pris le métro dans mon adolescence vivant en région lyonnaise. Il m'est arrivé en été de mettre des robes plus ou moins courtes. (39° en ville, on a du mal à supporter le jean). J'étais assise sur un siège quand un homme d'une cinquantaine d'année, alcoolisé vient s’asseoir à côté de moi. Il colle sa cuisse contre la mienne. Et commence à m'adresser la parole, tout en posant sa main sur ma jambe. La sienne était déjà collée à la mienne et entravait mon espace. 

Sur ce genre de problème, j'applique la stratégie de l'indifférence. J'ai souvent un livre et généralement j'arrive à mettre de la distance physique dans ce cas. Cependant, l'homme était littéralement collé à moi, et s'énervait que je ne lui accordait pas assez d'attention. Il commence même à m'insulter tout bas. J'ai attendu l’arrêt d’après et je suis descendue. A l'époque, je n'avais pas assez de réparti pour lui dire qu'il m'importunait. 

Quelque temps plus tard, on m'a fait passer le message que cette fameuse robe mise ce jour là était courte, un peu trop courte. J'ai longtemps éviter les shorts et les robes trop courtes à cause de cet événement. Pourtant, cet instant était une forme d'attouchement dans les transports en commun. Cet homme ne m'a pas demandé mon consentement. Ce n'était pas gauche. Sauf si on considère que le droit d'avoir 10g d'alcool dans le sang rend son comportement acceptable...

 J'ai fait le raccourcit que si j'avais porté un jean, je n'aurais pas été embêté car la société nous a imposé de penser comme cela depuis des générations. (Comble quand on sait la difficulté des femmes à se battre pour le port des jupes courtes/ mini-jupes) Il faut juste faire évoluer nos façons de penser. Il est indéniable que du côté des mouvements féministes les courants de pensée peuvent être radicalement opposés les uns des autres. Prenez par exemple, la fameuse position de Catherine Millet sur le viol. (Lien de L'OBS) qui pour ma part me fait faire des bonds grands comme une maison. Il y a une nuance entre accepter de coucher avec quelqu'un qui ne nous plaît pas et le viol. Pour moi, on ne banalise jamais un viol. Encore une fois, tout est une question de consentement. 

En Bref, 

Comment l'amour empoisonne les femmes: Du surinvestissement sentimental et des moyens d'y remédier a été une lecture en demi-teinte. Autant j'ai trouvé que certaines parties de cet essai était intéressant et amenait à une réflexion sur notre société, le patriarcat et la place de la femme. Autant j'ai eu beaucoup plus de mal avec le courant de pensée de Peggy Sastre sur certains sujets. Encore un exemple flagrant qu'on peut avoir de grands différences dans la cause féministe. 

Cet article est écrit dans le but d'une ouverture et d'un échange. Je ne suis pas contre la discussion et je suis toujours curieuse de savoir si vous êtes en accord ou non avec l'autrice. Je propose d'ailleurs de prêter mon exemplaire à toute personne étant curieuse et voulant approfondir le sujet avec Peggy Sastre. 

10/20

Lu en partenariat avec les éditions Anne Carrière

Comment l’amour empoisonne les femmes

4 commentaires sur “Comment l’amour empoisonne les femmes

  1. Merci pour ce retour !

    Je ne suis pas étonnée… Peggy Sastre est vraiment anti-féministe ! Après, il y a peut être quelques points intéressants, effectivement.

    Par curiosité : vous ne lisez pas du tout d’essai ? Pourtant il y a des essais féministes accessibles. J’ai personnellement appris beaucoup de choses par les livres.

  2. Je ne pense pas tenter ce livre dans l’immédiat, peut-être pour son côté technique (et que je suis une buse en science :P)….. Et je ne pense pas m’accorder vraiment avec les pensées de l’auteure. C’est malgré tout intéressant de voir les différentes nuances dans une seule cause, ici le féminisme 🙂

  3. Perso cette lecture m’intéresse pas des masses, parce que je pense que mon avis rejoint assez largement le tien et que ça m’énerverait un peu XD En tout cas, bravo pour ton article très bien construit et très intéressant !
    Kin

  4. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte, un enchantement. Très intéressant et bien construit. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :